Il se retrouvait tout seul devant la télé avec les parents de Colette. Il l'aimait d'un amour romantique. Mais pas elle. Colette, Anna, Alise, Regina, Nelly et les autres.
Ce fut Colette évidement qui attira mon attention sur elle. Cette voix, cette inflexion nonchalante, douce et grave. Ce bleu pur et rêveur. Elle faisait partie de ces femmes qu'on oublie pas. Mieux encore qui vous inspirent. Malgré elle. La véritable beauté est celle qui s'ignore. Je me souviens d'une interview de Téchiné qui expliquait son amour pour Marie France, de son désir de travailler avec elle. Alors il lui avait écrit un rôle dans Souvenirs d'en France. C'est ce qu'on fait au cinéma lorsqu'on aime quelqu'un, on lui écrit un rôle. Je me dis bêtement qu'elle ne saura jamais que je l'aime. Qu'elle va me manquer. Que j'aurais tant voulu travailler avec elle. Que le temps passe vite. Que les dimanches sont encore plus tristes à présent. Que c'est jeune tout de même 66 ans pour partir...
Et je me retrouve toute seule devant mon écran sans Colette et les autres en écoutant Natascia en me disant qu'il n'y a pas beaucoup de visage avec une promesse de beauté encore plus grande que la beauté même. Je pense à son corps retrouvé dans la piscine. Une vraie mort de cinéma. Mais une vraie mort tout de même. Et ça c'est con.
Marie France Pisier |